Fin d’été, changement d’équipe. Dans votre ruche parrainée, une génération très spéciale voit le jour : des abeilles taillées pour tenir tout l’hiver. Même ruche, même reine, et pourtant une vie au moins quatre fois plus longue. Voici comment.
Une abeille d’été et une abeille d’hiver sortent du même type d’œuf, pondu par la même reine. Ce qui change tout, c’est le moment où elles naissent. Les premières s’usent à la tâche en quelques semaines. Les secondes naissent à la fin de l’été, quand il y a moins de couvain à nourrir, et elles gardent leurs forces en réserve. Résultat :
Une abeille d’hiver née en septembre peut encore être vivante en mars. Elle verra naître les premières abeilles du printemps et leur passera le relais. Une vraie grand-mère de la ruche.
La population d’une colonie culmine en mai-juin. Dès juillet, la reine ralentit sa ponte et la ruche se vide doucement de ses butineuses d’été. C’est dans ce creux que naissent les abeilles d’hiver.
Évolution de la ponte, en ordre de grandeur. La courbe réelle varie selon la météo, la région et la colonie.
Une partie de la nouvelle génération naît déjà. La colonie est encore grande, mais les butineuses d’été vieillissent vite. L’apiculteur a récolté le miel : place aux soins.
La majorité des abeilles d’hiver voit le jour. Elles ont besoin de pollen de qualité pour remplir leur corps gras. Le lierre en fleur tombe à pic.
Les derniers mâles sont chassés : inutile de nourrir des bouches qui ne travaillent pas. La ponte devient très faible.
La ponte s’arrête ou presque. Quand le froid s’installe, les abeilles d’hiver se serrent en grappe autour de la reine. Rendez-vous dans la série Hiver.
Du 30 juillet au 30 septembre environ, tout se joue : il faut au moins 10 000 à 20 000 abeilles d’hiver en bonne santé pour que la colonie passe l’hiver.
Pourquoi une abeille d’hiver dure-t-elle si longtemps ? Réponse dans son abdomen. Retournez les cartes :
↻ Survolez ou touchez une carteUn organe méconnu
RetournerUn tissu situé dans l’abdomen, qui stocke graisses et protéines. Chez l’abeille d’hiver, il est bien plus développé : c’est sa réserve pour tenir des mois.
Un nom compliqué, un rôle clé
RetournerUne protéine fabriquée dans le corps gras. Elle agit comme un antioxydant et prolonge la vie de l’abeille. Plus il y en a, plus l’abeille dure.
La matière première
RetournerPour fabriquer ce corps gras, l’abeille a besoin de protéines, donc de pollen varié et abondant à la fin de l’été. Pas de bon pollen, pas de bonne abeille d’hiver.
C’est le taux de survie hivernale observé pour les colonies riches en vitellogénine, contre 60 % pour celles qui en manquent. Étude INRA, ACTA et ITSAP publiée en 2017.
La même étude montre que les cultures intermédiaires fleuries (moutarde, trèfle, vesce, phacélie, tournesol) et les haies ou bois à proximité aident les colonies à remplir ces réserves. Un bon voisinage fleuri, c’est une assurance-vie pour la ruche.
Varroa est un acarien de la taille d’une tête d’épingle. Il se nourrit des abeilles et se multiplie dans le couvain. À la fin de l’été, sa population atteint son maximum, pile au moment où naissent les abeilles d’hiver.
Sous forte infestation, les abeilles d’hiver prennent un profil « d’été » : moins de réserves, une vie plus courte. La colonie s’épuise alors en plein hiver, faute de relève.
D’où l’importance du geste que Jérôme réalise juste après la récolte :
Chaque fin d’été, Jérôme protège la future génération d’hiver de votre ruche. Le calendrier compte autant que le geste.
Le miel est récolté avant tout traitement. Les hausses sont retirées : aucun traitement ne touche votre miel.
Un médicament autorisé est placé dans la ruche au plus vite, pour que les abeilles d’hiver naissent dans une colonie assainie.
Jérôme surveille la chute des acariens sur le plateau de la ruche. Il s’assure ainsi que le traitement fait son effet.
Quand il n’y a plus de couvain, un traitement complémentaire peut être fait. On vous raconte tout dans la série Hiver.
Cliquez sur chaque affirmation pour découvrir la réponse.
C’est vrai pour les abeilles d’été seulement. Les abeilles d’hiver vivent 160 à 200 jours.
Elles naissent surtout en août et en septembre. En décembre, la reine ne pond presque plus.
Il remplit le corps gras et la réserve de vitellogénine : 90 % de survie pour les colonies bien pourvues, contre 60 % pour les autres.
Sous forte infestation, elles prennent un profil « d’été » et vivent moins longtemps. D’où le traitement de fin d’été.
La durée de vie possible d’une abeille d’hiver, née en août ou septembre.
Il nourrit le corps gras, la batterie qui permet de tenir jusqu’au printemps.
Le traiter juste après la récolte protège la génération d’hiver.
Sources : FRGDS Auvergne-Rhône-Alpes, « Les abeilles d’hiver » ; CARI, « Cycle de la colonie et dynamique de la population » ; Beekube, « Durée de vie de l’ouvrière, du faux bourdon et de la reine » ; Alaux et al., Scientific Reports 7:40568, 2017, présenté par INRAE.
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